Même s’ils étaient bien trop souvent bourrés, même s’ils se
droguaient abondamment, même si la plupart d’entre eux – et le narrateur
en particulier – étaient les fils et les filles de familles
bourgeoises, leurs yeux n’arrêtaient pas de briller. Parce qu’ils
étaient mus par un authentique désir de vivre. Ils étaient là ! vivants !
malgré la puanteur des trop grandes villes à la fin des années
quarante.
Il ne s’agissait pour eux ni de devenir célèbre, ni de
gagner beaucoup d’argent. C’était un grand espoir de liberté et la
souffrance qui l’accompagne inévitablement.
À la sortie de la
deuxième guerre mondiale, pour ceux qui avaient vingt ans, le vide
succédait à la mobilisation au combat. Ils se retrouvaient bras
ballants, et le néant s’infiltrait dans les âmes.
C’est l’absence
soudaine d’adversaire qui a fait se poser les questions : ‘Où
sommes-nous ? où allons-nous ? qui sommes-nous ?’ Le tourbillon de la
vie, c’est parfois le monde qui nous l’offre et il suffit alors de s’y
laisser engouffrer. À d’autres époques, le tourbillon, il faut le créer
soi-même.
Et c’est pour cela qu’ils se retrouvaient ‘sur la route’ avec un mélange détonant d’angoisse et d’audace.
Ensemble,
dans une solitude partagée : nous nous partageons le mur qui nous
sépare. Le mur se déplace avec nous, sans pour autant jamais
disparaître.
Nous sommes aujourd’hui une fois de plus ‘sur la
route’, repus mais en perdition. Nous choisirons d’en faire le paradis
ou l’enfer.
Dans son film récent, Walter Salles a filmé les gestes
qu’évoque le roman de Kerouac, sans parvenir à en reconstituer les
sentiments. Ce qui manque est du côté des acteurs, qui n’ont pas pu se
reconnaître dans les jeunes fous qui sillonnaient les routes de
l’Amérique en 1947.
Ce qui manque chez Salles, je l’ai
heureusement retrouvé ailleurs : dans le petit (et grand) documentaire
qu’Ann Chakraverty a consacré à ‘Sur la route’, et que voici.
Sur la route de Jack Kerouac por annchakraverty
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